Un pli dans ma chaussette

Il y a plusieurs sortes de personnes.

Celles qui enfilent leurs chaussettes, leurs chaussures et partent vivre leur vie.

Et puis il y a celles qui sentent LE pli.

Pas un gros pli. Non. Le petit. Celui de trois millimètres, caché sous les orteils, qui transforme instantanément une promenade de cinq minutes en expédition dans l’Himalaya.

Impossible de penser à autre chose, impossible de désamorcer.

On tortille le pied. On secoue la chaussure. On enlève la chaussette. On la remet. On recommence. Trois fois. Huit fois. Jusqu’à ce que quelqu’un, très compatissant, lance le fameux :

« Mais ce n’est qu’un pli ! » Ah!!

C’est un peu comme dire à quelqu’un qui a un caillou dans la chaussure : « Mais ce n’est qu’un caillou. »

Le problème, ce n’est pas le pli. C’est que notre cerveau a décidé que CE pli méritait toute son attention.

Et si je vous disais que certains enfants vivent un peu comme ça… mais toute la journée ?

Le pull qui gratte. L’étiquette qui pique. Les chaussettes « qui ne sont pas bien ». Le pantalon « qui serre », alors qu’il est deux tailles trop grand. Les gants ne sont pas bien enfilés, pas sous la veste ou sur la veste. Trop chaud dans le dos. La lumière qui fait mal aux yeux. L’odeur du parascolaire qui donne envie de partir en courant. La chasse d’eau des toilettes de l’école qui résonne comme un décollage de fusée. Le brouhaha de la classe qui ressemble à un concert de casseroles. Le parfum trop fort de grand-maman… et la liste peut encore bien s’allonger.

Vu de l’extérieur, cela peut sembler exagéré.

Vu de l’intérieur, c’est simplement leur réalité.

Leur cerveau capte tout. Plus fort. Plus vite. Plus intense. Plus longtemps.

Et quand on est bébé ou enfant, on ne sait pas encore mettre des mots sur ce qui se passe, ce que l’on ressent.

On ne dit pas : « Je crois que mon système sensoriel traite les informations de manière plus intense que la moyenne. »

On pleure.

On refuse les chaussures.

On enlève son pull.

On se bouche les oreilles.

Ou on explose… parce qu’un pli dans une chaussette, parfois, c’est juste le pli de trop.

Alors aujourd’hui, j’avais envie de vous parler de ces petits plis invisibles. Ceux que l’on ne voit pas, mais que certains ressentent à chaque instant. Parce que derrière ce qui peut passer pour un caprice se cache souvent un enfant qui fait simplement de son mieux avec sa sensibilité dans un monde qui lui arrive… un peu trop fort.

Et vous adultes, est-ce que vous vous reconnaissez dans ce petit pli ?


Image: Bisse de Sion, Barrage du Rawyl 2026. Crédit photo: Jacques Steiner Aymon

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